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Pourquoi le secteur tech a t-il besoin de plus de transparence ?

Dans un monde où la défiance envers la sphère économique gagne du terrain, la transparence semble être devenue un concept incontournable, que tout le monde revendique et exige à la fois. Plusieurs études attestent du fort pouvoir d’attraction de ce concept auprès des consommateurs ou des futurs employés. Les entreprises, conscientes de cette nouvelle exigence de limpidité, s’en sont emparées et l’ont revisité à toutes les sauces : transparence des processus de décisions, des salaires ou des indicateurs environnementaux… Tant et si bien qu’il est devenu difficile d’ignorer cette nouvelle injonction. Ainsi beaucoup d’entreprises disent aujourd’hui se placer sous le sacro-saint patronage de la transparence, certaines allant jusqu’à faire figurer le concept parmi leurs valeurs fard d’entreprise.

Dans le cas précis du secteur technologique, de nombreuses initiatives ont récemment fleuri réclamant plus de transparence environnementale de la part des constructeurs et des GAFAM et cherchent à pallier le manque d’informations. Ces organisations – au pouvoir parfois supérieur à certains états – sont devenus incontournables pour nombre d’acteurs du secteur. Malgré le pouvoir dont ils disposent, ils ne partagent pas systématiquement certaines informations nécessaires à l’évaluation d’impact environnemental des structures qui s’appuient sur leurs infrastructures.

Mais pourquoi au juste la transparence est-elle nécessaire en matière de lutte contre le dérèglement climatique ? Quelles sont les informations utiles à partager dans le cadre d’une démarche environnementale ? Pourquoi exige-t-on plus de transparence de la part des GAFAM ? Autant de questions auxquelles nous essayerons de répondre en nous appuyant sur un exemple concret : le nôtre.

L’exemple d’un serveur

Littéralement, la transparence désigne la propriété de ce qui laisse voir à travers soi. Dans son sens figuré – celui qui nous intéresse ici – elle qualifie le fait de ne rien dissimuler. Lorsque l’on évoque la transparence des organisations, on fait généralement référence au partage libre des informations clefs dont elles disposent. L’intérêt de la transparence est souvent présenté dans l’optique de gagner des consommateurs ou d’améliorer sa marque employeur. Elle aurait ainsi avant tout une vocation informative, permettant de réaliser des comparaisons et donc procéder à des choix. Malheureusement, cette fonction intéressante de la transparence n’est pas toujours possible : beaucoup d’acteurs s’évaluent encore en fonction de critères qui leurs sont propres, ce qui a pour effet de complexifier la comparaison. 

En matière environnementale, force est de constater que la transparence ne poursuit pas exclusivement une vocation informative : elle permet surtout à toutes les parties prenantes d’une organisation donnée de faire progresser leurs propres évaluations environnementales. Pour comprendre ce lien de dépendance qui existe entre une entreprise faisant appel au service d’une autre organisation, il faut faire un petit détour par le fonctionnement des comptabilités carbone. 

En effet, ces dernières reposent sur des facteurs d’émission offrant une plus ou moins grande part d’incertitude ou étant plus ou moins bien adaptés à ce que l’on cherche à évaluer. Dans notre cas, lorsque nous avons réalisé notre comptabilité, nous avons souhaité connaître l’équivalent CO2 que nous pouvions imputer aux serveurs que nous utilisons dans nos locaux et ceux que nous faisons installer chez nos clients. Le facteur d’émissions proposé par l’ADEME pour les serveurs ne correspond pas au type de machines hautes performances que nous utilisons concrètement. Rien de plus satisfaisant n’a été trouvé du côté du GHG Protocol. 

Théoriquement, il aurait donc fallu que l’on puisse se tourner directement vers notre fournisseur et que celui-ci ait fait réaliser une analyse du cycle de vie (ACV) de son produit vérifiée par un tiers. Malheureusement, ces données étant indisponibles, nous avons été contraints de nous tourner vers des chiffres produits par un autre constructeur que le nôtre

La solidarité environnementale

Bien que ce pis-aller ne soit pas totalement satisfaisant, en s’orientant vers des chiffres constructeurs, nous avons pu affiner nos résultats. Ce qu’illustre cet exemple du serveur c’est justement le lien indéfectible qui unit les structures entre lesquelles circulent des flux. En effet, notre travail d’évaluation s’est trouvé complexifié par l’absence de données constructeurs. Or, si chaque organisation faisait systématiquement réaliser des évaluations environnementales et communiquait les chiffres clés à l’ensemble de ses parties prenantes, déterminer sa propre empreinte carbone relèverait presque un jeu d’enfants. Il suffirait d’intégrer l’équivalent carbone à son outil de comptabilité pour obtenir un résultat à l’incertitude réduite.

En plus de faciliter les estimations de tout à chacun, ces données pourraient devenir des indicateurs standardisés, communs à tous les acteurs d’un même écosystème. De la sorte, la comparaison serait effectuée sur des critères objectifs et permettrait de privilégier les partenariats avec ceux qui cherchent à orienter favorablement leurs impacts. Aujourd’hui, le prix est encore à bien des égards la première variable qui définit les choix de consommation. Ce seul critère ne rend pas toujours service aux produits éco-conçus dont les prix sont souvent plus élevés que ceux du marché. Associer un indicateur environnemental au prix d’un produit ou d’un service pourrait permettre de valoriser les acteurs responsables. 

Avec l’irruption récente de l’épidémie de COVID-19, le monde a pris conscience de la densité des échanges globalisés. Travailler sur les enjeux environnementaux des entreprises pousse au même constat : les organisations interagissent aujourd’hui dans un monde mondialisé et complexe. Chacune d’entre elles fait reposer son activité sur un ensemble de fournisseurs et de prestataires dont elle dépend. Il existe donc incontestablement une forme de solidarité, encore parfois largement sous-estimée, entre les organisations qui sont co-dépendantes les unes des autres, d’un point de vue économique mais aussi environnemental.

L’exemple du Cloud

Si dans le cas du serveur, il existait un facteur d’émission minoré permettant de prendre en compte son équivalent CO2, dans le cas d’un service comme celui que propose le Cloud, il n’en existe aucun et cela pose un problème d’une autre envergure. Car, de fait, énormément d’entreprises font reposer leur activité sur ce service.

Aujourd’hui, très peu de données utilisables sont mises en circulation par les fournisseurs Cloud, dont on peut pourtant penser qu’ils ont les moyens de les réaliser. Quelques initiatives ont cependant vu le jour ces dernières années mais les informations proposées ne sont pas toujours suffisantes pour permettre à des acteurs comme nous d’évaluer les émissions induites par notre utilisation de leur service. De plus, ces outils servent parfois des objectifs marketing et cherchent surtout à mettre la réduction d’empreinte que permettrait le recours au Cloud.

Pour estimer l’empreinte panoramique du Cloud, il faudrait pouvoir estimer l’empreinte et la durée de vie de différents éléments : le réseau, les équipements nécessaires (switch, serveurs), le PUE des différents data center utilisés. Idéalement, les fournisseurs devraient pouvoir présenter ces informations sous un prisme CO2 mais pas exclusivement. D’autres indicateurs sont pertinents à prendre en compte : la consommation en eau (m3), la consommation énergétique (kWh énergie primaire), l’épuisement des ressources naturelles (kgSbeg). En satisfaisant ces attentes informationnelles, les acteurs du Cloud s’engageraient enfin dans une démarche environnementale vertueuse et permetteraient aux parties prenantes soucieuses d’estimer l’impact de leur activité de le faire avec plus de réalisme.

Conclusion

Si les organisations se saisissent des questions de transparence, toutes ne partagent pas les indicateurs qui pourraient permettre à d’autres de faire progresser la compréhension de leurs propres enjeux environnementaux. Nous avons tout à fait conscience que le nouvel impératif de transparence peut parfois entrer en contradiction avec le principe de confidentialité. Mais l’augmentation des échanges et l’urgence à laquelle nous faisons face implique d’aller au-delà des seuls enjeux concurrentiels. Le défi peut avoir l’air difficile à relever, mais rappelons-nous qu’il a longtemps paru inimaginable d’exiger des entreprises qu’elles publient et fassent vérifier leurs comptes. Certes, faire émerger une nouvelle convention prend du temps, mais ce sont ceux qui accepteront de faire le pari du changement qui remporteront assurément la course

  1. How Corporate Social Responsibility Influences Buying Decisions ?”, Clutch, 7 January 2019. Cette étude montre que les valeurs et la transparence sont devenus des facteurs de décision d’achat parfois plus important que le prix.

  2. Voir notre blog post l’écosystème green IT.

  3.  Voir notre blog post sur le fonctionnement des comptabilités carbone.

  4.  La base carbone de l’ADEME propose un facteur d’émission de 600 kgCO2eq par appareil.

  5.  “L’analyse du cycle de vie est un outil d’évaluation globale et multicritère des impacts environnementaux. C’est une méthode normalisée (normes ISO 14040 à 14043) qui permet de mesurer les effets quantifiables de produits ou de services sur l’environnement. Elle recense et quantifie, tout au long de la vie des produits, les flux physiques de matière et d’énergie associés aux activités humaines. Elle en évalue les impacts potentiels puis interprète les résultats obtenus en fonction de ses objectifs initiaux” dans “L’analyse du cycle de vie”, ADEME, 18 Juin 2018.

  6.  Nous avons fait du serveur Dell PowerEdge T630 notre serveur de référence.

  7.  On peut évoquer à cet égard la calculatrice de durabilité de Microsoft ou encore les tentatives de quantification d’impacts de plus petits fournisseurs comme OVH.

  8. Le PUE est un indicateur mis au point par le Green Grid pour mesurer l’efficacité énergétique d’un datacenter. Il est calculé en divisant le total de l’énergie consommée par le datacenter par le total de l’énergie utilisée par les équipements informatiques.

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